Samedi 14 mai 6 14 /05 /Mai 11:12

 

Des-Hommes-Laurent-Mauviginer-2009_2003768-M.jpg      Feu-de-Bois, l'ivrogne méprisé de tous, réputé sans le sou, provoque un scandale le jour où il offre à sa soeur Solange un magnifique bijou à l'occasion de son soixantième anniversaire.Un incident qui aurait pu ne pas avoir de conséquences particulières s'il n'avait aggravé la situation en insultant Chefraoui et en terrorisant la famille de ce malheureux... C'est décidé : le maire et les gendarmes iront le chercher le lendemain, accompagnés de son cousin Rabut.

      C'est Rabut, justement, qui prend en charge l'essentiel de la narration, et qui cherche à expliquer le comportement de son cousin. Sur les autres, Rabut a un "avantage" : il a vécu, quarante ans auparavant, la même expérience, celle de la guerre d'Algérie. Les heures qui le séparent du lendemain matin – et le roman est divisé en quatre parties : après-midi, soir, nuit et matin – vont être pour lui l'occasion de se remémorer le traumatisme de cette guerre, de tenter d'expliquer le comportement de celui qui fut autrefois Bernard avant de devenir Feu-de-Bois.

      La guerre d'Algérie constitue ainsi le coeur du roman : c'est dans la "Nuit" que Rabut rappelle à sa mémoire les souvenirs atroces de la guerre, dans des images de cauchemars, au réalisme sans concession. Peu à peu, Rabut évoque pour lui-même l'horreur sans nom, la barbarie des hommes des deux camps jetés dans ce conflit qui allait provoquer des bouleversements profonds et irrémédiables.

      Ce roman de la guerre est donc aussi roman de la mémoire. Car il s'agit pour Rabut de retrouver ce qu'il a si longtemps tenté d'oublier, et qui le rattrape pourtant chaque nuit. Il s'agit de se souvenir et de dire. De tenter de dire l'indicible, de formuler l'ineffable, d'affronter de nouveau une réalité qui ne cesse de le tourmenter et qu'il ne peut partager – et il s'agit, finalement, de donner du sens au chaos du passé pour tenter de vivre encore, pour trouver la paix. Le sens se dévoile ainsi progressivement, au fil erratique d'une écriture exigeante, instable et troublante, qui remonte le temps et plonge le lecteur dans le maëlstrom de la douleur. Un très grand livre.

 

Laurent Mauvignier, Des hommes, Minuit, 2009 "Double", 2011, 8,50 € (Prix des Libraires, Prix Initiales)

amititi

Par L'ami Titi - Publié dans : ROMANS - Communauté : Membres de Livraddict
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Vendredi 6 mai 5 06 /05 /Mai 20:31

 

Couverture_bd_Pyongyang_guy_Delisle_m.jpg      Voici un livre que je reluquais depuis longtemps dans ma librairie préférée, enfin celle d'en face. Mais la BD, ça se paye, et les temps sont rigoureux. Heureusement, l'amie Susy a eu l'excellente idée de m'en faire cadeau à l'occasion de mon anniversaire – celui de l'an dernier, car après tout mieux vaut tard à qui sait attendre...

      Le titre nous avertit qu'il ne sera pas question de plages de sable fin et de cocotiers. C'est au contraire à une plongée dans la morne capitale de la Corée du Nord que nous convie, en sa compagnie, l'auteur (québecois, mais c'est pas grave), qui y passa deux mois à corriger les images d'animation délocalisées là-bas par les boîtes de productions de France et d'ailleurs. L'occasion de découvrir ce si beau pays aux charmes inconnus, et de nous en faire profiter...

       Le graphisme est sobre, le trait simple et précis. Les nuances de gris suffisent à évoquer l'atmosphère de l'une des dernières et des plus dures dictatures communistes au monde: un univers – que l'auteur décrit en 176 planches (dont deux de Fabrice Fouquet) – où sévissent l'uniformité d'une pensée officielle hyper-contrôlée, le culte de la personnalité, la foi inébranlable en la supériorité absolue du système politique, l'absence totale de liberté et, on l'imagine plus qu'on ne la voit, une répression extrêmement féroce. La Corée du Nord, c'est un pays fermé, replié sur lui-même, hostile à tout ce qui pourrait remettre en cause le dogme d'une idéologie de l'autosuffisance (le Juché) forgée par le sinistre Kim Il-Sung et religieusement entretenue par son non moins sinistre rejeton Kim Jong-Il. Cette autosuffisance a surtout conduit à la misère et à la famine, entraînant une très relative ouverture du pays aux ONG dont la plupart ont rapidement abandonné ce terrain miné aux biens confisqués par l'oligarchie.

       Au passage, Guy Delisle rend un bel hommage à George Orwell et à son prophétique 1984. C'est ce roman qu'il emporte dans ses bagages, et celui qui rend le mieux compte de ce que peut être une société totalitaire où toute liberté de pensée est traquée, où tout mouvement est surveillé. Le facétieux dessinateur prête d'ailleurs le roman au traducteur qui, comme le guide, lui colle aux basques, et ne semble guère enthousiasmé par cette prose un rien subversive... C'est en tout cas sous ce patronage que Delisle inscrit sa bande dessinée dont on peut dire qu'elle ne démérite assurément pas d'une telle référence : Pyongyang est un chef-d'oeuvre du 9° Art, et un chef-d'oeuvre tout court, traduit en une douzaine de langues... dont le coréen (du sud) ! pyongyang_guy_delisle_extrait3.jpg

Guy Delisle, Pyongyang, L'Association, 2003, 23 € (C'est cher mais c'est bon)

amititi

 

 


Par L'ami Titi - Publié dans : Bédé - Communauté : Membres de Livraddict
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Vendredi 29 avril 5 29 /04 /Avr 10:30

 

      opera4s.jpg Forcément, il a fallu que j'arrive en retard... Dix minutes à trépigner avant qu'on ne puisse m'introduire dans l'auguste salle de la Comédie française où L'opéra de quat'sous fait aussi son entrée, au répertoire et magistrale celle-ci, dans la mise en scène de Laurent Pelly.

      L'Opéra de quat'sous n'était alors pour moi qu'une légende : pas lu, pas vu, pas entendu – à part, bien sûr, "La Complainte de Mackie" qui ouvre la pièce, devenue un standard de jazz sous le titre "Mackie the Knife" popularisée par Louis Armstrong, Ella Fitzgerald et reprise, entre beaucoup d'autres, par Tom Waits ou Marianne Faithfull, et que j'ai écoutée derrière la porte, la salle étant plongée dans un noir complet tandis qu'un visage chantant était projeté sur le fond de scène (?). Une légende, disais-je : un texte de Bertolt Brecht et une musique de Kurt Weill pour un opéra moderne qui s'annonçait comme un anti-opéra !

      Je peux dire que je n'ai pas été déçu.

     On connaît la fable : Jonathan Peachum, honorable marchand de misère qui loue des accoutrements et des emplacements de mendiants voit sa fille, Polly, séduite par Mackie Messer, redoutable chef de gang qui règne également sur le coeur d'une autre femme, d'une maîtresse, et sur tout un bordel. Un mariage à la va-vite dans un sombre garage et voilà Peachum qui déclare la guerre à son nouveau et détesté gendre. Il va ainsi faire pression sur le chef de la police, Tiger Brown, ami d'enfance de Mackie, aidé dans son entreprise par sa femme, ainsi que par Jenny-la-Bordelière, tandis que Lucy (la fille de Brown), elle aussi amoureuse, elle aussi épouse de Mackie et donc jalouse de Polly, ne sait plus où elle en est... Mackie Messer, arrêté, s'enfuira, sera repris et, dans un ultime rebondissement, sera gracié. Tout finit donc pour le mieux.

      Ainsi, c'est la rivalité entre deux types d'exploiteurs que met en scène l'opéra de Brecht, joyeuse, farcesque et mordante satire de l'argent, de la misère et de l'exploitation. L'Opéra de quat'sous(1928) apporte la gloire à Bertolt Brecht (1898-1956) deux siècles après la pièce dont il s'est insiprée, L'Opéra des gueux de John Gay (1728) : ce n'est certes pas sa première pièce, mais, à trente ans, Brecht n'est pas encore le théoricien du théâtre épique et de la distanciation, le fondateur du Berliner Ensemble, le dramaturge engagé, marxiste et communiste que l'on retiendra.

      Dans sa mise en scène, Laurent Pelly (actuellement codirecteur du Théâtre national de Toulouse), rompu à l'art lyrique, choisit de transposer l'action qui se déroulait, chez Brecht, dans le Soho londonien de son temps, à l'époque contemporaine. Il en garde ainsi toute l'actualité et la force de provocation – et les banques, notamment, ne sont pas épargnées. La scénographie de Chantal Thomas (qui a collaboré avec Laurent Pelly sur une quarantaine de pièces ou d'opéras), les décors et leurs changements à vue ne contribuent pas peu au plaisir du spectacle.

      Mais Die Dreigroschen oper, selon le titre original, ne serait pas ce qu'il est sans la musique composée par le génial Kurt Weill (1900-1950), lequel a puisé dans le cabaret, le jazz et l'opérette : une musique servie par des talentueux musiciens tandis que les chansons sont magnifiées par les comédiennes et comédiens du Français dont la réputation en ce domaine n'est plus à faire. Avec une mention spéciale pour Léonie Simaga qui joue Polly et son interprétation de "Jenny-des-Corsaires" ("La fiancée du pirate", interprété jadis par Juliette Gréco) et du "Chant de Barbara", et à Thierry Hancisse qui incarne Mackie. Mais aussi Sylvia Berger et les autres... Quand on dresse la liste de toutes celles et tous ceux qui ont donné leur interprétation de ces chansons devenues mythiques, on ne peut que saluer la prestation !

      Brecht entendait lutter contre la "crétinisation de l'opéra". Il a réussi : le spectacle est total, plaisant et vivifiant. Quant à Laurent Felly, il signe là une superbe mise en scène pour l'entrée au Répertoire de L'Opéra de quat'sous, après Maître Puntila et son valet Matti (Guy Rétoré, 1976), La Vie de Galilée (Antoine Vitez, 1990) et Mère Courage (Catherine Hiegel, 1998). Alors si vous passez par Paris, pensez à réserver...

      L'Opéra de quat'sousde Bertolt Brecht, musique de Kurt Weill, traduction de Jean-Claude Hémery (disponible aux éditions L'Arche), basé sur la traduction par Elisabeth Hauptmann de L'Opéra des gueux de John Gay, à la Comédie-Française du 2 avril au 19 juillet 2011.

amititi

Par L'ami Titi - Publié dans : EVENEMENTS - Communauté : Membres de Livraddict
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Jeudi 31 mars 4 31 /03 /Mars 08:00

Se marier, c'est diviser vos droits par deux et doubler vos devoirs.

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Par DESLIVRESDELIVRENT - Publié dans : PROVERBONS LE MONDE - Communauté : Membres de Livraddict
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Jeudi 24 mars 4 24 /03 /Mars 08:00

La main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit.

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Par DESLIVRESDELIVRENT - Publié dans : PROVERBONS LE MONDE - Communauté : Membres de Livraddict
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"J'ai partagé le monde en deux :

d'un côté il y a ce qui est poétique,

de l'autre côté ce qui ne l'est pas.

Ce qui est poétique existe à mes yeux,

ce qui n'est pas poétique,

je ne le regarde même pas."

Alexandre ROMANES, Sur l'épaule de l'ange, 2010.

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